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CAFÉ DU DÔME

Situé à l’angle du boulevard du Montparnasse et de la rue Delambre, Le Café du Dôme, nommé aussi simplement Le Dôme, est fondé en 1898 par l’auvergnat Paul Chambon. C'est le premier café de Montparnasse. 

"Auvergnat fort intelligent, le patron du "Dôme", M. Chambon, admet aisément que le carrefour Delambre a été de toute éternité, ou tout comme, désigné pour centre du quartier, son Forum, son Agora" (André Salmon, Montparnasse).

A l’origine, c’était un petit bar-tabac de quartier. Dès 1905, l’établissement commence à attirer une clientèle d’artistes scandinaves, allemands et américains, et s’impose comme un lieu de rassemblement intellectuel. Un billard se trouve dans l’arrière-salle, "un petit salon rouge et or, sorte d'avant-garde de Scala stendhalienne (André Salmon, Montparnasse) monopolisé par les premiers arrivés. Les autres jouent au poker. L’ambiance est chaleureuse, propice à la naissance d’amitiés durables. Les habitués discutent des heures durant, notamment de peinture. On raconte qu’à l’époque, un artiste pauvre pouvait commander une saucisse de Toulouse et une assiette de purée pour l’équivalent d’un euro.

"Insensiblement, tout l'univers de l'activité artistique approchait du carrefour Delambre, là où déjà prospérait Le Dôme, où La Rotonde n'était qu'un bar populaire de rien du tout, où n'existait pas encore La Coupole, à édifier sur les terres noires du chantier Juglar : Bois et Charbons" (André Salmon, Montparnasse).

Hemingway décrit Le Dôme dans Paris est une fête : «Il y avait des modèles qui avaient posé, et des peintres qui avaient travaillé jusqu’à ce que la lumière vint à leur manquer ; il y avait des écrivains qui avaient achevé leur journée de travail, pour le meilleur ou pour le pire, et il y avait aussi des buveurs et des phénomènes, dont quelques-uns m’étaient connus et dont certains étaient de simples figurants. »

Ainsi le jeune peintre d’origine bulgare Jules Pascin arrive à Paris le 24 décembre 1905 à bord de l’Orient-Express. Devenu célèbre grâce à ses dessins satiriques publiés dans Simplicissimus, journal antimilitariste et anticlérical allemand, il est accueilli par ses amis sur le quai de la gare. Ils l’amènent directement au Dôme pour une grande fête de bienvenue. Le Dôme devient le quartier général de Pascin.

Amedeo Modigliani, Pablo Picasso et André Salmon devant Le Dôme

"A l’angle du boulevard du Montparnasse et de la rue Delambre, c’est le Dôme : clientèle d’habitués, gens riches, esthéticiens du Massachusetts ou des bords de la Sprée, ou encore Pascin ou le Clinchtel contemporain ; c’est ici que se décide l’admiration que l’on professorat en Allemagne pour tel ou tel peintre français. Les gloires de Géricault, de Courbet, de Seurat, du Douanier n’ont pas eu à souffrir des entretiens esthétiques entre les Allemands millionnaires du Dôme" (Guillaume Apollinaire).

La grande guerre éclate. La mobilisation générale met fin à l’ambiance festive de Montparnasse. Les allemands quittent Paris. Les soldats français rejoignent le front. Les survivants reviendront après la guerre reprendre leurs habitudes au Dôme ou ailleurs.

Le Dôme en 1928

De 1920 à 1929, Paris connaît dix années d’effervescence. Ce sont les années folles. La jeunesse veut profiter de la vie et oublier les horreurs de la guerre. Les bâtiments Art Déco transforment le paysage urbain, l’automobile s’impose, l’électroménager révolutionne le quotidien. L’émancipation de la femme devient un sujet d’actualité. En effet, suite au départ des hommes pour le front, les femmes ont déjà acquis une certaine indépendance. Sous l’impulsion de Coco Chanel, elles adoptent une mode qui représente leur état d’esprit : une coupe « à la garçonne », des jupes plus courtes et des vêtements plus confortables, à l’opposé du corset encore porté à la Belle Epoque. Paris devient la capitale du renouveau, et c’est dans les brasseries de Montparnasse que se donnent rendez-vous ceux qui en sont l’égérie.

Dans l’entre-deux-guerres, le Dôme est incontestablement l’un des symboles des années folles. Il est fréquenté par de nombreux américains et allemands fortunés. Dans les annales de l’établissement est inscrite la réception organisée le 19 septembre 1921 en l’honneur de Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks et Mary Pickford, stars du cinéma américain.

On appelle les habitués du Dôme les « dômiers », terme inventé pour désigner les personnalités qui fréquentaient le lieu et dont faisaient partie Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Max Ernst, Tsugouharu Foujita, Paul Gauguin, Ernest Hemingway, Vassily Kandinsky, Moïse Kisling, Marie Laurencin, Sinclair Lewis, Henry Miller, Anaïs Nin, Amedeo Modigliani, Jules Pascin, Ezra Pound, Man Ray, Chaïm Soutine, Gerda Taro, Paul Thesing, Otto von Wätjen, etc ...


Aujourd’hui c’est un restaurant chic qui propose un menu de poissons et de fruits de mer. Connu pour sa fameuse sole ou sa bouillabaisse, l’établissement adapte sa carte tous les jours au gré des arrivages de la pêche.